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Free Melania

« Et si quelqu’un tirait, maintenant ? Est-ce que ce serait horrible ou est-ce que ce serait…? Il faut que je m’éloigne ! Vite. Fuir ?

 

Photo Nicholas Kamm / AFP / L’Obs

De toute évidence, l’avion est derrière. Je fais le tour, je fais des sourires, je passe la sécurité, je m’en fous je suis la femme du président personne n’ira s’imaginer que je suis en train de fuir. Je me change, j’enlève cette robe. Pourquoi ? Pourquoi me changer ? Il ne me cherchera pas si ça se trouve. Tant qu’un journaliste ne lui demande pas où est sa femme, avec un peu de chance, il ne remarquera même pas mon absence. Je serai déjà remontée dans l’avion et répartie. Mais répartie où ? Je ne sais même pas. Où va cet avion quand il repart ? Je ne sais même plus où je vais, je ne sais même plus où on m’emmène. J’enfile des robes et je souris. Et tous ces gens sur Twitter qui passent leur temps à traquer sur mon visage les expressions de ma détresse. Free Melania ils disent. Ha ! Comme s’il était possible de libérer une femme avec une belle robe rouge de couturier. Comme s’il était possible de libérer la femme de l’homme le plus populaire et le plus impopulaire au monde. J’ai appris ce mot : impopulaire. J’ai appris des tas de choses qu’on a voulu m’apprendre parce que depuis cette présidentielle, tout le monde a peur de tout, tout le temps. Autour de nous il n’y a que des gens armés, tout le temps, des gens en costumes tristes, dont on ne voit pas le regard, avec des armes ou des téléphones, des gardes du corps, des politiciens, des communicants. Des femmes me donnent des robes et je les enfile et j’ai peur. De mal faire, de mal dire. Quelle folie cette présidentielle. Quelle folie ! Qui pourrait sauver une femme qui a peur même de partir ?! Où est-ce que j’irais ? Changer de visage ? Pourquoi pas. Avoir la vie de ma mère. Repartir, ailleurs. Ma mère… Si je lui dis : j’ai quitté Donald. Ha ! J’ai quitté le président des États-Unis maman. Ha ha ! Est-ce que je suis heureuse ? Je ne sais pas. J’imagine, oui. Est-ce qu’on est malheureux quand on commence à se poser ce genre de questions ? Il faut que je parte. Qu’est-ce qu’il raconte, derrière ? Respire. De quoi allons nous encore être la risée ? Respire. Si je descends de cette estrade je ne m’arrêterai plus de marcher. Mets tes lunettes, Melania, mets tes lunettes. Regarde droit devant. Si quelqu’un tire, tu es sauvée. Tu es sauvée et tu es perdue. Avance, regarde devant, demain, ailleurs. Il fait gris, tant pis ! Mets tes lunettes. Elles ne t’aideront pas à fuir, peut-être. Mais au moins t’aideront-elles à ne pas les laisser te voir pleurer. »

 

 

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